Gestion de la crise du covid-19 : Il faut vite rectifier le tir !

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : lundi 4 mai 2020
CATEGORIE : Articles
THEME : Santé

Ceci est un communiqué du Balai Citoyen sur la gestion de la maladie à coronavirus par les autorités du Burkina Faso.

Depuis le 09 mars 2020, le Burkina Faso est ébranlé par la pandémie du COVID-19. Cette pandémie constitue un défi sanitaire sans précédent au regard des multiples crises qui lui sont corrélées : crise économique, crise alimentaire, crise humanitaire, etc. Elle nécessite une mobilisation totale et solidaire de tous.

Le Balai citoyen tient à saluer les efforts du personnel médical ; les prises d’initiatives individuelles et collectives, les contributions financières et matérielles de personnes physiques ou d’entreprises pour stopper la pandémie.

Malgré tous ces efforts, force est de constater que la situation demeure préoccupante au regard du relâchement des mesures barrières et du taux élevé de mortalité. Si on peut se réjouir du nombre important de personnes qui guérissent, il faut cependant regretter le taux de décès qui est l’un des plus élevés dans notre sous-région. Cette létalité élevée doit nous interpeller davantage sur les capacités réelles et l’état de notre système de santé.

Du reste, les chiffres qui nous sont communiqués quotidiennement n’ont d’intérêt que parce qu’ils sont des chiffres officiels et constituent un indicateur de suivi de la pandémie. Fort malheureusement, la réalité peut différer pour la simple raison que nos capacités d’investigation et de dépistage sont encore en deçà des besoins et ce, malgré l’ouverture de nouveaux centres de dépistage à Ouagadougou après celui de Bobo.

Tout en reconnaissant le travail important et difficile qu’abat l’équipe du CORUS, des efforts doivent encore être fournis sur plusieurs aspects liés au plan de riposte, notamment :
 L’amélioration des conditions de prise en charge des patients dans les différentes formations sanitaires ;
 La mise en place de dispositifs adéquats de protection du personnel et des usagers au niveau des CSPS qui sont les premiers points de contact d’éventuels patients atteints du covid-19 ;
 L’accroissement des capacités nationales de dépistage.
Ne saurait également être passé sous silence, ni toléré, l’amateurisme dans la coordination de la riposte avec, entre autres, pour résultat :

 Le mensonge éhonté de madame la ministre de la santé devant la représentation nationale, le 21 avril 2020, sur les causes du décès de la député Rose Marie Compaoré et la souffrance de sa famille pour accéder à son dossier médical. A ce sujet, madame la ministre affirmait ceci : « Nous continuons à entretenir les relations avec la famille. La semaine dernière, les médecins ont encore reçu son époux ». Un mensonge que l’époux de la défunte a relevé dans un reportage de la télévision BF1 et confirmé par madame la ministre elle-même dans le dernier numéro du bimensuel indépendant d’enquêtes « Courrier Confidentiel ». Madame la ministre, si vous respectez la République, la fonction ministérielle, les souffrances des populations en ces temps très difficiles, vous devez tirer toutes les conséquences de cette parole cynique. Démissionnez ! L’argument selon lequel vous avez été induite en erreur est trop facile. Vous avez vidé la fonction de ministre de la République de tout son contenu, vous n’avez plus les moyens éthiques, moraux, la légitimité requise de vous accrocher à votre poste de ministre, tant vous êtes devenue la risée de vos collaborateurs, de la Nation toute entière. Que vaudront désormais votre parole et vos instructions ? Les premiers bénéficiaires de votre démission sont : Vous-même et la Nation toute entière.

 La cacophonie généralisée entre les experts de la chose médicale et le politique qui n’est pas de nature à rassurer les citoyens dans ce contexte de grande psychose ;
 Les contradictions publiques au sommet de l’État, comme on l’a vu, entre le ministère de la santé et celui de la recherche, sont la preuve que la coordination est, on ne peut plus bancale.
 La cacophonie et la gestion catastrophique des décisions prises pour faire respecter les mesures barrières, notamment la fermeture de certains lieux publics et privés, risquent, d`hypothéquer de façon durable le contrat de confiance citoyen-État.

Toutes les récriminations consécutives à cette gestion chaotique de la crise sanitaire, loin d’être de la critique facile, appellent plutôt à plus de responsabilité et de leadership de la part des plus hautes autorités, à commencer par le Président du Faso.

Sur le plan financier, la bonne gestion des ressources repose sur la probité des personnes qui en ont la charge et les mécanismes de contrôle institutionnels appropriés. Du coup, ce n’est ni trop tôt, ni injustifié que de nombreux Burkinabè s’interrogent déjà sur la bonne gestion de ces ressources financières. Faut-il le rappeler, ce contrôle doit être assuré par des institutions et structures étatiques habilitées parmi lesquelles l’Assemblée Nationale occupe une place primordiale. Mais hélas, la campagne de collecte de fonds dans laquelle cette institution s’est lancée vient en rajouter à la confusion, aux amalgames et au désordre institutionnel. Il est tout simplement regrettable que dans de telles circonstances, elle se dérobe royalement de l’une de ses obligations constitutionnelles qui est de contrôler l’action du gouvernement, dans un contexte de fortes suspicions de mauvaises gestions, pour se muer en promoteur d’œuvres de charité.

Toutefois, dans ce contexte d’incertitudes de lendemains meilleurs, l’espoir est permis. Il y a de l’espoir parce que nombreux sont les Burkinabè qui se battent avec dévouement pour que nous triomphons de cette pandémie, en libérant leur génie créateur pour inventer des solutions alternatives, qui pour certaines, vont au-delà des solutions conjoncturelles de la lutte contre le Covid-19. Dans ce sens, tout le potentiel de l’intelligence collective doit être mobilisé pour une réflexion prospective féconde dans la perspective de l’après pandémie. Certains secteurs stratégiques et sensibles tels que l’économie nationale, le système éducatif, la restructuration du système de santé, etc. doivent être au centre de cette réflexion. Par ailleurs, la problématique sécuritaire à laquelle le pays est confronté depuis quelques années ne doit aucunement être occultée par la crise sanitaire.

Le Balai Citoyen invite le gouvernement à créer les conditions véritables de cette réflexion prospective dans un esprit inclusif et participatif de tous les acteurs nationaux.

Pour le respect des mesures barrières, en avant !
Covid-19, ne pas paniquer, ne pas banaliser !
Ensemble, on n’est jamais seul !
Pour le Balai Citoyen, la Coordination Nationale

« Le rôle des intellectuels n’est pas de participer à la lutte pour le pouvoir. Encore moins de chercher à l’exercer. Leur rôle est, précisément, de se dessaisir autant que possible de tout pouvoir, de renoncer à l’exercice de tout magistère. Il n’est pas d’interpeller qui que ce soit. Il est de se faire, pour une fois, les maîtres de l’ascèse. »

Achille MBEMBE, historien et politologue camerounais in « Le lumpen-radicalisme et autres maladies de la tyrannie », publié dans le MONDE Afrique

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