Projections-débats dans les clubs Ciné Droit Libre : Les populations interpellent l’État

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : mardi 30 juin 2020
CATEGORIE : Articles
THEME : Culture

Les activités des clubs Ciné Droit Libre (CDL) reprennent peu à peu après l’amélioration de la situation sanitaire. Les dix clubs s’activent à rattraper le ‘’temps perdu’’ suite à la mise en quarantaine de certaines villes. Ainsi, la fin du mois de juin est marquée par plusieurs projections-débats au niveau des différents clubs CDL avec à l’affiche deux films : ‘’Le mal conjoint’’ et ‘’Pas d’or pour Kalsaka’’.

Les projections-débats dans les clubs CDL ont repris après plus de trois mois d’inactivités suite à la maladie à coronavirus. Cette reprise a été ponctuée par la réorganisation du club de Fada N’Gourma qui a connu le renouvellement du bureau et la création du 10e club, celui de Tenkodogo, le 13 juin 2020. Ces deux clubs, comme les autres, ont organisé leur projection mensuelle du mois de juin. Les autres villes comme Bobo-Dioulasso, Koudougou, Dori et Po ont également réussi leur pari.

Dans toutes ces villes, la mobilisation de la population était au rendez-vous. « C’est une bonne occasion de déconfinement », estiment certains participants à Bobo-Dioulasso qui n’ont pas manqué d’apprécier cette action de sensibilisation sur la consommation d’alcool et le tabagisme. En effet, le film documentaire ‘’Le mal conjoint’’ du réalisateur Ismael Geni Massa Tall aborde cette problématique. Il a suscité des débats. Des femmes, des hommes et surtout les plus jeunes ont donné leurs opinions sur le sujet. C’est le cas d’un participant, visiblement gagné par la fatigue mais qui a tenu à rester jusqu’à la fin pour prendre la parole afin d’encourager cette initiative qui consiste à sensibiliser la population sur ce « fléau ». C’est aussi le cas de cette femme handicapée moteur, qui s’est déplacée à l’aide de son tricycle pour prendre le micro afin encourager également l’équipe. Elle fut raccompagnée par un tonner d’applaudissements.

La population de Bobo inquiète

Les cinéphiles sont inquiets de la situation à Bobo. Ils disent ne pas comprendre comment cette situation s’est-elle installée dans leur ville, puisque dans un passé récent, selon eux, la ville de Sya ne connaissait pas ce phénomène. Hissein, un étudiant en sociologie, d’origine tchadienne, interpelle l’État sur la gravité de la situation : « l’alcool et le tabagisme constituent un problème sérieux à Bobo. L’État doit être plus regardant sur ce qui se passe ».

Les enfants ont pris la résolution de ni fumer ni consommer de l’alcool

Dans la cité du cavalier rouge, c’est la même ambiance avec une particularité : l’intervention des enfants. Des résolutions fermes ont été prises par eux de ne « jamais fumer ni consommer de l’alcool » car selon leur dire c’est « mauvais ». Ils ont su raconter le film à leur manière. Un autre jeune estime que la sensibilisation seule ne suffit pas : « il faut de la répression », se veut-il plus ferme.

L’État doit protéger les populations des sociétés d’exploitation minière

A Po, il y a eu deux projections mais cette fois ci avec le film ‘’Pas d’or pour Kalsaka’’ du réalisateur Michel K. Zongo. Le film « Pas d’or pour Kalsaka » vient d’ailleurs de remporter le prix du meilleur long métrage documentaire au Rastro festival film documentaire Brasilia.

Les débats ont été houleux. La colère se mêle souvent aux échanges. Et c’est le cas de Djamila Zoungrana qui s’interroge : « Que fait l’État pour protéger les populations dans les localités où sont installées les sociétés d’exploitation minière pour leur éviter la situation désastreuse de Kalsaka ? » Pour elle, c’est incompréhensible qu’un État puisse exposer ses populations en permettant à des sociétés minières d’exploiter le sous sol sans remplir leurs engagements. Un autre participant fait une recommandation et demande que la bonne nouvelle soit prêchée partout où les industries minières sont installées : « J’ai suivi le film et j’ai trouvé que c’est un très beau film de sensibilisation et je vous recommande de la projeter dans tous les villages où il y a des projets d’exploitation minière pour qu’ils puissent comprendre les dangers et prendre des décisions sages ».

séance de distribution de masques
A chaque début de projection, des masques sont distribués aux participants tout en leur rappelant le respect des gestes barrières. A très bientôt pour d’autres aventures cinématographiques.

Masbé NDENGAR

« Le rôle des intellectuels n’est pas de participer à la lutte pour le pouvoir. Encore moins de chercher à l’exercer. Leur rôle est, précisément, de se dessaisir autant que possible de tout pouvoir, de renoncer à l’exercice de tout magistère. Il n’est pas d’interpeller qui que ce soit. Il est de se faire, pour une fois, les maîtres de l’ascèse. »

Achille MBEMBE, historien et politologue camerounais in « Le lumpen-radicalisme et autres maladies de la tyrannie », publié dans le MONDE Afrique

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